Une phrase a changé ma vie

"On ne regrette jamais de choisir le côté imprévisible de la vie"
(Dominique Manny, La V'limeuse autour du monde)

vendredi 21 novembre 2014

Message en retard (20 novembre 2014)

Aujourd'hui j'ai eu la chance d'hériter d'une période pour préparer la séance de laboratoire sur la salinité et la masse volumique. Les élèves ont passé le cours à lire le protocole et construire un tableau à la main. Je ne m'attendais pas à ce qu'ils prennent toute la période, ils l'ont pris. Je ne m'attendais pas à perdre deux élèves dans un cours où ils sont huit ( en plus, il en manquait un, ils étaient donc sept!), un était parti à la toilette et l'autre? Disparu! J'avais beau faire le tour de la classe (petite) avec les yeux, pas l'élève en question. Comme je n'étais pas en charge de la classe, il y avait une suppléante, elle est partie à la recherche de l'élève. Toute à mes pensées, je me retourne et qui j'ai dans le champ de mire à six centimètres de mon nez? L'ÉLÈVE?! 

"Mais où étais-tu passé?"

"J'étais là Madame"

"Comment ça t'étais là?"

"J'étais couché par terre"

Je ne suis pas sûre de comprendre: "couché par terre?!"

Toujours à six centimètre de mon nez "Oui Madame, ça me calm down." 

Je regarde les autres,  incrédule. J'ai tellement l'impression qu'on me monte un beau bateau de croisière (4 cinémas, 10 piscines, 8 restaurants...).

Sans lever leurs yeux de leurs copies, comme si tout ça était d'une banalité, les filles me disent: "B'en oui Madame, il fait souvent ça, ça le calme, ça lui fait du bien." Et continuent sans réaction aucune leur travail. 

Je me sens bien conventionnelle tout d'un coup. Pourquoi les élèves ne pourraient pas se coucher par terre si ça les calm down? Que celui qui a une bonne raison de l'interdire, s'exprime maintenant ou se taise à jamais. Vive le Yukon!

Une autre histoire dans la même heure. Une élève me dit:

"Est-ce que je peux aller boire?"

"Non, quand on est en cours on y reste pour une heure, si tu sors tu vas me devoir 15 minutes, c'est le règlement"

"Madame on arrête pas de parler de salinité de l'eau, pis moi ça me donne soif". D'autres élèves approuvent.

"B'en là, c'est pas sérieux?"

 "Madame je pense à ça, je vais vous les donner mes 15 minutes, je veux vraiment aller boire". Et elle sort.

Elle revient la mine joyeuse, rafraîchie avec une grande tasse d'eau à la main! Elle a fait la distribution d'eau aux copines! Je devais sûrement avoir la mâchoire pendante... Au bout du compte elle trouvait que c'était pas si cher payé. C'est aussi ça le Yukon, la bonne humeur, l'entraide, les taquineries.

Pas au bout de mes surprises, mon EA vient me voir en fin de journée et me demande si je veux avoir un billet pour aller voir les Hay Babies et les soeurs Boulay. Mes planifications détaillées ne sont pas terminées... Mais d'un autre côté comment refuser alors que j'en meurs d'envie! J'accepte. Je cours chez un collègue (ce qui veut dire sortir dehors dans la neige, mais ce n'est pas froid) qui enseigne dans des locaux préfabriqués pour lui demander s'il peut faire le transport. C'est oui! Je travaille le plus tard possible, je cours chez moi, oublie de manger et suis prête à temps. Quelle bonne idée d'avoir accepté. sinon comment j'aurais fait pour savoir que la communauté francophone ici est si spéciale? Que les gens se parlent comme autrefois ça se faisait sur les perrons d'église? Que les enfants sont emmenés partout (pour profiter des occasions francophones)? Il y avait plusieurs élèves, des enseignants, des parents. Tout ce beau monde serait un peu fatigué demain, et pis après?




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